Camargue

Publié le par Keloise

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La Camargue est une race de petit cheval de selle rustique de couleur grise, originaire de la région de Camargue au sud de la France dans le delta du Rhône, qui couvre une partie des départements du Gard et des Bouches-du-Rhône. Il vit traditionnellement en liberté dans ses marais d'origine et sa généalogie reste mystérieuse, bien qu'il soit généralement considéré comme l'une des plus anciennes races de chevaux au monde.

 

Mentionné durant l'Antiquité, le Camargue fut occasionnellement monture de bât et de guerre jusqu'au 12ème siècle et ensuite, de tous temps, utilisé comme un animal utilitaire et de travail par les habitants de la Camargue qui lui faisaient dépiquer le grain, tirer des attelages ou le montaient, entre autres, pour travailler avec le bétail avant de le relâcher en semi-liberté. Les haras nationaux instaurèrent dès leur création de nombreux programmes d'élevage visant à augmenter sa taille par des croisements pour en faire une monture de guerre, programmes qui furent tous des échecs. Le cheval camarguais est aujourd'hui une race de selle reconnue par les haras nationaux français, mais surtout l'un des symboles forts de sa région d'origine, avec le taureau noir et le flamant rose.

 

Il est toujours traditionnellement élevé dans des manades en semi-liberté et demeure la monture exclusive des gardians de la région qui l'utilisent pour le travail du bétail et de nombreuses fêtes folkloriques. Le cheval camarguais bénéficie également d'une grande notoriété grâce à l'équitation camarguaise et à sa forte image de tradition et de liberté née de sa présence dans les arts, notamment dans l'histoire de Crin-Blanc.

 

 

I - HISTOIRE DU CHEVAL CAMARGUE

  

L'histoire du cheval Camargue est très longue et son origine, en particulier, sujette à bien des débats, "pleine d'obscurité puisque le préjugé contre le cheval primitif y fait toujours rencontrer, au commencement, le cheval oriental". La race paraît avoir eu, au cours de l'histoire et avant le regain d'intérêt pour le côté sauvage de la région de Camargue, peu de renommée, mais une certaine utilité pratique locale car son élevage est presque toujours resté limité au milieu "hors duquel le cheval Camargue s'éloigne plus ou moins de sa propre nature" et sa production essentiellement tournée vers les besoins des habitants de la région. La race camarguaise n'a pas eu de grande importance économique avant le 20ème siècle et les nombreuses tentatives de croisement pour "améliorer" sa taille et la rendre ainsi plus apte à la guerre se soldèrent par des échecs.

 

Eugène Gavot, vétérinaire de la circonscription d'Arles, dit en 1861 que "par exception seulement, le cheval Camargue est sorti de sa sphère, de sa spécialité d'emploi. Il naît, vit et meurt dans son île ; là s'accomplit toute sa destinée".

 

 

II - ORIGINES

 

Le Camargue fait incontestablement partie des races les plus anciennes du monde, mais s'il est aujourd'hui reconnu comme antérieur à l'ère chrétienne, la question de son origine demeure pour savoir quelle fut l'influence des chevaux arabes, berbères, asiatiques ou celtes sur la race. Le mélange de plusieurs thèses pourrait être la réponse au mystère de son origine car les animaux à l'état sauvage ont pu se mélanger et se rencontrer au fil du temps, la sélection naturelle se chargeant de créer une race bien définie, adaptée aux régions hostiles du delta du Rhône et de ses environs. La rudesse de la vie dans cette région sur de nombreuses génération a probablement fait que seuls les plus forts et les plus résistants de ces animaux ont survécu, afin de donner naissance à une descendance capable de perpétuer la race.

  

        1  - Mythes et légendes

 

De nombreux récits folkloriques font du cheval camarguais un animal "né de l'écume de la mer". Jean-Claude Girard, conservateur des musées du Gard, rapporte ainsi la légende d'un homme qui était poursuivi par un taureau noir sur la plage des Saintes-Marie-de-la-Mer et n'eut pas d'autre choix que de se jeter à la mer. Alors que les flots l'emportaient, il fut sauvé par un étalon qui sortit de l'écume et lui dit : "Je ne serai jamais ton esclave, mais ton ami". L'homme apprivoisa l'étalon durant trois jours et celui-ci devint à la fois son meilleur ami et le fondateur des chevaux camarguais. Il existe des variantes similaires à cette légende.

 

       2 - Origine préhistorique

 

L'unique témoignage préhistorique d'un ancêtre possible du cheval Camargue, mais aussi le plus ancien, est la découverte en 1875 par le professeur Nicolas d'un squelette de cheval, Equus caballus, sur la rive droite du Rhône et à deux kilomètres en amant d'Arles. Il était entouré de silex en forme de couteaux, qui ont permis sa datation à l'âge de la pierre taillée.

 

Les haras nationaux font du cheval camarguais un descendant du cheval de Przewalski et quelques auteurs généralistes modernes notent sa ressemblance avec les peintures de la grotte de Lascaux ainsi que ses caractéristiques de cheval primitif. Gérard Gadiot, ancien secrétaire de la confrérie des gardians, a vu le cheval Camargue comme le descendant direct des chevaux du quaternaire tels que représentés dans les grottes préhistoriques. Le cheval aurait peuplé la Gaule primitive et, lorsque les hommes s'établirent un peu partout, se serait replié dans des régions plus inhospitalières. Selon Charles Naudot, dit "Lou Camarguen", le cheval aurait suivi la mer dans sa régression vers le delta du Rhône.

 

         - Indigène de la Camargue  

 

Une autre théorie fait du Camarguais une race indigène à l'"île de Camargue", d'où elle serait sortie pour se répandre dans les Bouches-du-Rhône, le Gard, l'Hérault, le Var jusqu'aux portes de Nice. Il n'y aurait pas eu d'influence arabe ou berbère notable sur la race, et la physionomie orientale tout comme les qualités du cheval de Camargue seraient dues aux influences naturelles du climat, du sol et aux propriétés alimentaires des plantes : elles ne seraient donc pas acquises, mais innées, et se perpétueraient de manière constante. Une étude zootechnique d'Eugène Gayot, en 1861,

notait que "la race Camargue se distingue, au physique, par je ne sais quel air étranger, sinon oriental, du moins tartare, cosaque, celui, au surplus, qu'on remarque chez tous les animaux de l'espèce chevaline vivant à l'état sauvage, ce qui prouve que le même traitement, le même régime, les mêmes habitudes, doivent produire, à peu de chose près, les mêmes formes, les mêmes qualités et les mêmes défauts chez le cheval, bien qu'il vive dans des contrées éloignées les unes des autres, et sous des latitudes différentes. Cette observation, vraie à tous égards, appartient à tous le hippologues et se trouve souvent reproduite dans leurs travaux". Deux ans plus tard, en 1863, Pierre Joignaux notait aussi que le cheval de Camargue a un "air sauvage" et que ses conditions d'habitat produisent sa physionomie particulière.

 

        - Descendant du cheval de Solutré

 

Le cheval de Solutré est connu par des ossements retrouvés près de Mâcon, datés d'il y a 20 000 ans. En 1874, le professeur Toussait effectua une étude sur ces ossements et rédigea un "Traité sur le cheval dans la station préhistorique de Solutré". Il mentionna de nettes similitudes avec le cheval camarguais. Le squelette de cheval découvert en 1875 près d'Arles fut vu comme "de forme solutréenne", et montré au muséum de Lyon. Par la suite, des études scientifiques sur les ossements reconstitués firent du cheval Camargue un descendant direct du cheval du Quaternaire, et aujourd'hui encore, nombre d'ouvrages de vulgarisations reprennent cette théorie.

 

Suivant cette logique, le cheval vivait il y a 20 000 ans dans le bassin de la Saône et aurait longé la vallée du Rhône pour s'installer dans les étendues de Camargue il y a 10 000 ans, suivant le retrait de la mer qui envahissait le Mâconnais et le transformait en un pays marécageux identique à celui de l'actuel delta du Rhône.

 

     3 - Origine celte

 

Régine Pernoud dit dans un essai sur les Gaulois que la structure des troupeaux de chevaux camarguais est différente de celle de toutes les autres races françaises, et que ces derniers seraient donc les descendants directs de chevaux celtiques renommés pour la selle et le combat, et qui étaient les piliers de la cavalerie gauloise.

 

     4 - Origine germanique ou asiatique

 

L'origine asiatique serait la plus fréquemment évoquée et se base sur la ressemblance morphologique entre les chevaux asiatiques, comme le cheval mongol, appelé le "coursier des steppes", et le cheval Camargue. Plusieurs auteurs défendent cette thèse et s'appuient entre autres sur les points communs entre les rudes steppes et les paluns, et sur la mention des Phéniciens, qui auraient importé des chevaux mongols depuis les côtes de Syrie pour les introduire sur leurs différ'ents comptoirs méditerranéens.

 

Le marquis Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), éleveur et manadier camarguais, voyait aussi dans ses chevaux une ascendance mongole issue des montures abandonnées par les hordes qui envahirent la Gaule vers l'an 450. Cette théorie fut vue comme un mythe et remise en cause par les historiens selon lesquels des croisements ont pu se produire, mais le cheval mongol ne pourrait pas être l'ancêtre exclusif de la race camarguaise.

 

La race fut aussi vue comme d'origine germanique, car les Germains ont envahi l'empire romain.

 

Sans preuve historique, la thèse de l'origine asiatique s'appuie sur une particularité morphologique du cheval Camargue, la présence d'une sixième vertèbre lombaire qui le rapproche du Tarpon et du cheval de Przevalski.

 

     5 - Origine africaine et arabe

 

En 1807, l'académie des sciences de Marseille s'appuie sur l'histoire et fait de l'introduction de chevaux arabes ou numides aux environs d'Arles, vers l'an 526, la souche fondatrice de la race camarguaise. Il s'agit d'un récit invérifiable, transmis par les érudits locaux. Le cheval a, selon eux, une forte ressemblance avec les chevaux de la cavalerie numide que les Romains affrontèrent durant les deux guerres de Carthage avant de les utiliser, après la conquête de l'Afrique du nord. En l'an -62, Flavius Flaccus vint occuper le pays et sa première importation de chevaux orientaux ou africains auarait été fortifiée puis accrue lors de l'établissement de la colonie de Julia. Jules César aurait ensuite créé deux haras, l'un à Arles et l'autre à Rhodanisia, pour effectuer des croisements entre les chevaux numides et ceux des Marais-Pontins. Les croisements auraient été renouvelés à deux reprises pendant le séjour des Sarrasins en Provence, vers 730, et ensuite à l'époque plus récente des croisades. Les premiers haras sont censés avoir été fondés par les colonies romaines, mais les académiciens remarquent que le cheval Camargue ne présente pas le type des chevaux asiatiques et thessaliens, "les seuls qui, à cette époque, devaient être naturalisés sur les côtes de l'Ionie", mais plutôt celui des chevaux berbères et arabes.

 

Cette théorie de l'origine exclusivement africaine ou arabe de la race fut reprise plusieurs fois au cours du 19ème siècle, parfois assortie d'une théorie selon laquelle les espèces animales qui passent d'un pays à l'autre se transforment, puis remise en cause en 1900. En 1890, le vétérinaire Pader, qui exerçait dans un régiment de hussards, mettait en exergue les ressemblances du Camargue avecl es chevaux orientaux, et l'influence des chevaux arabes amenés par les Sarrasins dans le Midi au Moyen Age. A notre époque, les travaux des historiens, des etchnologues et des chercheurs sont repris dans des ouvrages généralistes, qui mentionnent que si des croisements fréquents se sont bien produits entre la race Camargue et les chevaux africains, et notamment pendant l'époque romaine et celle des invasions maures, la présence de ces animaux dans les marais de la Camargue est antérieure à l'arrivée des Sarrasins. De plus, l'apparition de cette théorie coïncide avec une idée de l'époque selon laquelle "le cheval le plus parfait était l'Arabe". Une étude d'ethnologie parle même de "mythe numide".

 

 

III - DE L'ANTIQUITE AU 12ème SIECLE

 

Si le cheval camarguais est autochtone, l'époque de sa domestication est mal connue, celle-ci pourrait ne pas avoir été effectuée spontanément sur place, mais empruntée à d'autres civilisations.

 

Les marins phéniciens qui colonisèrent le delta du Rhône mentionnent qu'ils trouvèrent "ce cheval pâturant les maigres joncs qui croissent au bord des étangs". Une légende attribue la création des premiers haras de la Camargue aux Phocéens, les fondateurs de Marseille.

 

Jules César rapporte qu'il fut lui-même séduit par la qualité des chevaux gaulois, bien qu'ils étaient "petits et laids", mais il est difficile de savoir s'il s'agissait des chevaux camarguais en l'absence de précisions géographiques. Certains passages des textes d'Horace et d'Apulée mentionnent également, pour l'un des chevaux blancs en Afrique et pour le second des chevaux gaulois, mais ne permettent pas d'en identifier la provenance exacte avec certitude.

 

En 339, un certain Bassus aurait possédé à Arles d'importants haras car sa correspondance avec le préfet de Rome, Symmaque, évoquerait des chevaux dans le delta du Rhône. Le cheval Camargue serait mentionné à nouveau vers 350 dans des chroniques romaines, et certains consuls de Gaule en feraient  une description assez précise, pour l'avoir rencontré sur les bords du fleuve en remontant de la mer vers Arles. Un peu plus tard, des légions romaines l'auraient utilisé comme cheval de bât dans un premier temps, puis comme cheval de guerre, cette utilisation a pu perdurer avant l'époque où les "grands destriers" devinrent indispensables, au 12ème siècle, mais ces récits ne sont que colportés par les auteurs camarguais eux-mêmes, oralement ou dans leurs ouvrages.

 

 

IV - DU 12ème AU 17ème SIECLE

 

Les témoignages mentionnant le cheval Camargue sont rares à cette époque car ce cheval était associé aux gens de la terre et les érudits préféraient écrire pour les ecclésiastiques. La connaissance du cheval n'est, de ce fait, surtout transmise oralement, et donc beaucoup perdue.

 

C'est autour d'Arles que la race s'est le lus développée. Dès le 12ème siècle, le petit cheval de Camargue fut réquisitionné car les habitants d'Arles vendirent 300 animaux à Raimond Bérenger, le comte de Provence, afin qu'il puisse remonter sa cavalerie pour guerroyer dans le Midi. Au 13ème siècle, le travail des gardians dans le pays d'Arles est évoqué et on suppose qu'au 15ème siècle, les nobles arlésiens étaient des cavaliers qui s'occupaient du bétail avec leurs chevaux. La confrérie des gardians fut fondée officiellement en 1512.

 

Quiquéran de Beaujeu, évêque de Sénez, écrivit un livre intitulé "Les fleurs de la Camargue en 551", il y décrit une ferrade et dit que les métayers faisaient castrer leurs poulains de bonne heure, et qu'ils ne gardaient que les plus belles juments pour fouler les grains. Il assure qu'à cette époque, on comptait dans l'île "seulement 4 000 juments portières et 16 000 boeufs", et évoque déjà les qualités des chevaux :

 

"Il s'en trouve parmi les nôtres, lesquels avec toute leur mauvaise mine, sont pourtant légers, si prompts et ont tant de fougue et de courage et sont de si longue haleine qu'à force de travailler, ils font quasi périr,  ceux qui les montent !... C'est une erreur populaire d'estimer nos chevaux de moindre valeur... Peu sujet à maladies, ils se soignent avec moins de perte et de frais." - Quiquéran de Beaujeu, les Fleurs de la Camargue

 

En 1571, Lantelme de Romieu parle également des gardians et du marquage des animaux.

 

Le roi Louis XIII aurait conduit les premiers essais afin de faire du Camarguais une monture de guerre, dans "l'île de la Camargue" et ses environs. Il introduisit de grands étalons dits "améliorateurs" dans les marais, ils étaient surtout destinés à donner naissance à des poulains de plus grande taille. Il s'agissait de chevaux issus d'élevages de Normandie et du Limousin mais, inadaptés à la vie sauvage dans la région marécageuse et à son climat, ils y dépérirent.

 

En 1660, le duc de Newcastle rapport une arnaque populaire chez les éleveurs du Midi qui achetaient des chevaux babes âgés de deux, trois et quatre ans aux foires de Frontignan, Arles, Marseille et Saint-Gilles-du-Gard où on les débarquait, et les mélangeaient ensuite avec les poulains de leur propre haras. Ils vendaient ensuite indistinctement tous les jeunes poulains comme des chevaux nés en Afrique, "tant la ressemblance physique et morale était frappante entre eux".

 

En 1665, Colbert, qui était alors surintendant, acheté des étalons d'origine africaine pour "améliorer" la race camarguaise afin qu'elle serve à la remonte de la cavalerie française. Cet essai ne se révéla pas concluant et ne donna, encore une fois, aucun résultat durable.

 

En 1690, la selle gardiane, indissociable du cheval camarguais, est mentionnée pour la première fois.

 

A la fin du 17ème siècle, sous Louis XIV, une petite troupe de calvinistes (les camisards protestants des Cévennes), dirigée par Jean Laporte, emprunta 200 chevaux de Camargue parmi les plus beaux pour monter sa cavalerie. Grâce à la résistance, l'agilité et la robustesse des montures, cette petite cavalerie aurait résisté longtemps dans les Cévennes.

 

 

V - DU 18ème SIECLE A 1850

 

     1 - Utilisation locales du cheval camarguais

 

Le cheval de Camargue fut longtemps une race très locale, à tel point qu'une loi sous l'Ancien Régime interdisait de faire sortir des chevaux du territoire d'Arles sous quelque prétexte que ce soit, et sous les peines les plus graves. Les Arlésiens qui possédaient des propriétés hors des limites du territoire et qui voulaient y conduire leurs chevaux étaient obligés de prêter serment entre les mains des consuls, que non seulement ils ramèneraient dans le territoire d'Arles le nombre de chevaux qu'ils en laissaient sortir, mais aussi qu'ils ne les emploieraient qu'au foulage de leurs propres grains. S'ils étaient pris à avoir prêté leurs chevaux pour fouler des grains étrangers, ils étaient condamnés à une amende de 50 sols.

 

Les chevaux étaient alors décrits comme plus aptes à être montés que toute autre utilisation. Un petit nombre d'animaux était employé au trait ou au bât à porter des fardeaux. Les chevaux réformés, soit à cause de leur vieillesse, soit à cause d'un défaut d'activité, étaient destinés au labour, lorsque la terre est souple et maniable. Les paysans achetaient les chevaux réformés à bas prix dans les foires, et les employaient à transporter leurs outils et leurs vivres dans les campagnes où ils passaient des semaines entières sans retourner dans leurs maisons, avant de ramener chez eux leur cheval chargé de bois de chauffage. Ils le montaient quelquefois, lorsque la charge n'était pas trop forte. Le petit nombre des habitations en Camargue, l'éloignement des villages et des hameaux et la nature du sol, impraticable pour les charrettes, rendaient le cheval indispensable.

 

        - Dépiquage

 

Aux 18ème et 19ème siècles, outre pour le travail en manade, la race Camargue, et surtout les juments, était utilisée pour le dépiquage du grain par ses propriétaires. Il s'agit d'une activité d'origine très ancienne puisque les statuts municipaux d'Arles, rédigés aux 12ème et 13ème siècles, fixaient déjà le salaire pour le louage des chevaux à la vingtième partie du blé ou des grains qu'ils ont foulés. Les chevaux étaient nourris en grande partie de grains pour pouvoir résister à la fatigue, et pouvaient marcher sur 80 kilomètres par jour pendant six semaines ou deux mois. Vers 1800, les Camargues fournissaient les "rodo de rosso" ou "roues de chevaux" et ce labeur pénible était réputé à l'époque "produire des conformations défectueuses par effet de fatigue excessive de tant de générations de chevaux" :

 

« Dès que le jour commence, vers trois ou quatre heures du matin, les chevaux montent sur les gerbes posées verticalement l'une à côté de l'autre, et là, marchant comme dans le plus grand bourbier possible, ils suivent péniblement les primadiers (les meneurs de chevaux dépiqueurs) enfoncés dans la paille, ne sortant que la tête et le dos : cela dure jusqu'à neuf heures. Ils descendent alors pour aller boire. Une demi-heure après, ils remontent, et trottent  circulairement jusqu'à deux heures, moment où on les renvoie encore à l'abreuvoir. Ils reprennent le travail à trois heures jusqu'à six ou sept, et ne cessent de tourner au grand trot sur les pailles, jusqu'à ce qu'elles soient brisées de la longueur de 3 à 6 pouces. On peut supputer que dans cette marche pénible, les chevaux font de 16 à 18 lieues par jour, quelquefois plus, sans qu'on leur donne une pincée de fourrage, réduits qu'ils sont à manger à la dérobée quelques brins de paille et quelques-uns des épis qu'ils ont sous les pieds. Ce travail se renouvelle assez ordinairement pendant un mois et plus. On a souvent essayé d'y soumettre des chevaux étrangers, ceux n'ont jamais résisté au même degré que les Camargues". - M. Truchet  cité par Eugène Gayot, La connaissance générale du cheval, étude de zootechnie

 

Dès 1806, une courte notice publiée par M. Poitevin signalait l'extinction des chevaux camarguais comme un fait inévitable et prochain : "Une circonstance nouvelle fait présager qu'avant peu il n'existera plus de chevaux de Camargue : car le cylindre propre à fouler les grains, étant une fois introduit, les rendra inutiles, puisqu'ils ne servent qu'à cet usage, et que, le motif qui les a fait perpétuer cessant, on en laissera éteindra la race."

 

En 1847, un certain M. Lacroix pensait que la grande quantité de chevaux issus des manades ne devaient pas trouver, dans les travaux du dépiquage, un emploi suffisant, et que certains Camarguais furent exportés. Un cheval dépiqueur camarguais coûtait alors de 20 à 23 anciens francs par an à son propriétaire, mais il lui faisait gagner dans le même temps de 60 à 80 francs.

 

     2 - Etat des manades de 1800 à 1850

 

Au début du 19ème siècle, plusieurs gardians de manades tenaient pour leur propre compte un petit troupeau de 20 à 50 chevaux pour l'entretien desquels ils louaient des portions d'herbages dans les pâturages communs. Chaque propriétaire entretenait un plus ou moins grand nombre de chevaux, selon l'étendue des terrains et des marécages qu'il possédait. Les fermiers qui entretenaient des manades plus nombreuses que leur terrain ne le permettait les envoyaient dans des pâturages communaux, où ils payaient environ 6 francs par bête pour tout  l'hivernage, et allaient les chercher lorsqu'ils avaient besoin de s'en servir. 3 511 chevaux étaient alors recensés dans la région. Certaines juments camarguaises auraient été saillies par des ânes pour donner naissance à des mulets utilisés pour divers travaux agricoles.

 

En 1847, M. Lacroix donnait le chiffre de 1 900 chevaux de Camargue dans la région, et 1 000 boeufs tandis que le sous-préfet du département d'Arles estimait à trois ou quatre mille têtes la population chevaline de "l'île de la Camargue".

 

         - Elevage et dressage

 

L'éducation des chevaux de Camargue n'était pas une priorité, et la reproduction de la race laissée aux hasards de la nature. Les propriétaies étaient accusés par l'administration des haras nationaux de "multiplier le nombre des produits sans s'inquiéter de la qualité". Tous les étalons de la race Camargue portaient alors le nom local de "grignons". Les poulains secrés étaient abandonnés avec d'autres juments, et quelques propriétaires laissaient leurs poulains saillir des juments avant l'âge de deux ans. Des juments allaitantes étaient aussi parfois saillies. Il n'était pas d'usage de castrer les poulains mais  l'opération s'effectuait quelquefois avant l'âge de deux ans. Le plus grand nombre des chevaux camarguais n'était destiné qu'au foulage des grains, et pas dressé. Ceux qui étaient choisi pour l'équitation ou la vente étaient séparés du troupeau à l'âge de trois ans, nourris par l'homme, exercés quelques temps et vendus aux foires des environs. Les chevaux camarguais étaient alors réputés fort dociles et pleins de feu, mais en même temps difficiles à dompter.

 

        - Maladies et soins

Les chevaux de la Camargue avaient alors la réputation d'être très résistants à la gourme, une affection commune chez les chevaux de tous les pays. On présumait qu'ils étaient préservés de cette maladie par leur manière de vivre, mais ils étaient sujets aux maladies "vermineuses" en raison d'un manque de soin. Les maladies des chevaux et les épizooties étaient néanmoins plus rares dans le territoire d'Arles que dans la plupart des autres régions de France. Les fermiers n'y prêtaient guère d'attention, et laissaient le plus souvent leur animal dans la nature pour qu'il guérisse seul. Bien des chevaux périrent sans doute faute de soins. Selon un rapport de 1839, chaque année, entre le début de l'hiver et la fin du printemps, le vingtième des chevaux camarguais mourait de faim ou des suites d'intempéries    
     3 - Tentatives de croisements pour la cavalerie militaire

Les administrateurs des haras avaient remarqué "la sobriété, la légéreté et la vitesse des chevaux de Camargue, leur aptitude à traverser de grands espaces de terrains fangeux, ou entièrement inondés, la facilité avec laquelle ils supportent la mauvaise nourriture, la rigueur des saisons, la froideur des nuits et le défaut d'abri" et souhaitaient ardemment le rendre propre à la guerre "où il serait susceptible d'eun service extraordinaier", ainsi qu'à la chasse et à la course. Le cheval camarguais avait alors la réputation de pouvoir "faire 100 kilomètres tout d'une haleine dès le premier jour où l'on chercher à monter dessus".

 

Des étalons de sang oriental et des pur-sang anglais furent mis à disposition des éleveurs camarguais et l'administration des haras estimait "les produits de ceux-là toujours supérieurs à ceux de l'étalon indigène appelé grignon". Ils avaient proposé aux fermiers de la Camargue de réformer leurs grignons et de les remplacer gratuitement par des chevaux barbes : ils refusèrent tous.. Ils tentèrent des infusions de sang notammen arabe, anglo-arabe, pur-sang et postier, sans résultats. L'échec des croisements s'explique en grande partie par le fait que les poulains du grignon résistaient mieux à l'hiver et à la vie sauvage que ceux d'un cheval habitué à recevoir des soins constants et une nourriture abondante. Un zzotechnicien s'opposa aux croisements et préconisa l'amélioration des races de chevaux en utilisant "les ressources de la localité, en 1867.

  

        - Tentatives du 18ème siècle

 

En 1729, les premiers dépôts d'étalons furent établis et en 1737 et 1738, on comptait au dépôt du territoire d'Arles trente-deux étalons royaux approuvés dont vingt-quatre de race Camargue, un Andalou, trois Espagnols, un Danois, deux Barbes et un Arabe. Ces étalons servaient à la reproduction avec les juments recensées dans le delta et ses environs mais la tentative n'eut aucun résultat et les fonds manquèrent. C'est sous Louis XV que les manades du delta prirent une grande extension. En 1753, le marquis de Voyer d'Argenson, inspecteur général des haras de France, chargea un ancien capitaine de cavalerie de diriger des essais sur la race Camargue et en 1755, trois étalons barbes furent choisis avec une jument limousine, une normande et quelques juments camarguaises. Le petit trouopeau fut entretenu pendant trois ans mais les fonds manquèrent à nouveau et l'établissement fut abandonné. L'historien Huzard ajoute que "ce haras a fourni des chevaux assez distingués par leurs formes et par leur beauté pour être placés dans l'écurie du roi".  Toutefois, cette information est à nuancer puisque l'historien Bourgelat, qui écrivait en 1768, soit treize ans après la fondation du hars, ne mentionne pas la race Camargue. Cet oubli serait inexplicable si les résultats de ce haras étaient aussi notables.

 

         - Révolution française et réquisition

 

La Révolution française bouleversa bien des choses mais le nombre de chevaux en Camargue ne semble pas avoir fortement diminué. Le tableau des étalons officiels de l'ancienne administration des haras ne mentionne pas le nombre de reproducteurs lors de la suppression de ceux-ci, en 1790. Cela s'explique  peut-être par le fait que tous les animaux "appartenaient au roi" et vivaient complètement libres à l'état semi-sauvage. En 1793 et 1794, les autorités réquisitionnèrent tous les chevaux disponibles sur le territoire français, dont les meilleurs étalons de la race camarguaise. En 1806, des croisements furent à nouveau souhaités pour faire du Camarguais un cheval de guerre et Napoléon 1er fit réorganiser les haras de Provence en y introduisant des étalons "améliorateurs" de provenances diverses. Le sang de base utilisé pour la reproduction était alors de race Camargue. En 1807, les armées de Napoléon firent réquisitionner le grand nombre possible de chevaux dans la région.

 

Toutes les réquisitions auraient eu pour conséquence une "dégénérescence" de la race car l'itnérêt des propriétaires et des fermiers était de se défaire à tout prix des chevaux et des juments de valeur pour les remplacer par des animaux défectueux, qu'ils ne craignaient pas de voir réquisitionnés. De plus, des inondations en 1789 et 1791 occasionnèrent des  épizooties et des maladies qui altérèrent la vigueur d'un grand nombre de juments. Une autre cause invoquée est la destruction des pâturages, diminués par les défrichements et desséchés par les défauts d'ombrage depuis l'abattage des bois. La race camarguaise a, quoi qu'il en soit, perdu certains sujets parmi ses plus beaux au fil des réquisitions successives.

 

        - La "manade modèle"

 

En 1837, sous Louis-Philippe, une "manade modèle" fut créée par l'administration des haras, pour laquelle on sélectionna les plus beaux spécimens de la race camarguaise. Elle fut confiée à cette même administration qui désirait améliorer la race et en plus de fo urnir "des étalons utiles à une bonne reproduction", elle entretenait un petit troupeau de juments en lui donnant l'abri d'une cabane en roseau durant les intempéries et un supplément de nourriture composé de roseau et de paille, pendant les quatre mois d'hiver. Les poulains étaient traités de lamême manière, mais on ajoutait à leur ration un litre ou un litre et demi d'avoine par jour. Cette variation dans le régime alimentaire aurait donné des "améliorations physiques" chez les poulains qui acquirent "une plue-value relativement considrable". Ces chevaux étaient, selon l'administration des haras, admirés et recherchés "avec d'autant plus d'empressement qu'ils étaient façonnés au travail, car iles partageaient avec les mères toutes les exigences de l'exploitation d'une ferme". La réussite de la manade modèle aurait été entière, reconnue et constatée, mais aucun élever camarguais ne suivit "les efforts" pour faire de même, et l'essai n'eut pas de suite.

 

L'administration des haras assure qu' "en adoptant la méthode facile et si peu coûteuse de la manade modèle, on élevait sans grands sacrifices le cheval Camargue à la hauteur des exigences de la cavalerie légère, on le transformait en produit utile, et l'on sauvait sa race d'une ruine assurée et prochaine. Rien n'a pu stimuler l'action privée : rien, pas même la certitude du bénéfice. Il a bien fallu prendre unparti et supprimer le petit établissement formé en Camargue." Le but de la manade modèle était donc une fois de plus de faire du Camargue un cheval de guerre.

 

 

VI - 1850 - 1900

 

Au milieu du 19ème, les différentes races chevalines françaises avaient été tant modifiée par croisements (en particulier avec le pur-sang anglais) pour les exigences de la guerre ou de l'agriculture que "la race Camargue et la orraine étaient les dernières représentants de l'espèce d'autrefois" et, en 1861, le cheval de Camargue était décrit comme tel :

 

"Quant au cheval indigène, au Camargue pur, comme on le nomme dans le pays, il est petit, sa taille varie peu et il mesure de 1,32 m à 1,34 m ; il a toujours la robe gris blanc. Quoique grosse et parfois busquée, sa tête est généralement carrée et bien attachée ; les oreilles sont courtes et écartées ; l'oeil est vif, à fleur de tête ; l'encolure droite, grêle, parfois renversée ; l'épaule est droite et courte, mais le garrot ne manque pas d'élévation ; le dos est saillant ; le rein est large, mais long et mal attaché ; la croupe est courte, avalée, souvent tranchante comme chez le mulet ; les cuisses sont maigres ; les jarrets sont étroits et clos, mais épais et forts ; les extrémités sont sèches, mais trop minces ; l'articulation du genou est faible et le tendon est failli ; les pâturos sont courts ; le pied est très sûr et de bonne nature, mais large et quelquefois un peu plat. Le cheval Camargue est agile, sobre, vif, courageux, capable de résister aux longues abstinences comme aux intempéries". - Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval : études de zootechnie partique

 

D'autres auteurs mentionnent "ce ch eval à la peau rude, au poil long pendant huit mois de l'année, et à la crinière épaisse". A la même époque, Eugène Gayot estimait que la disparition du dépiquage, l'assèchement des marais de Camargue et la récolte des céréales qui faisaient disparaître le roseau, principale source alimentaire des chevaux, allait provoquer l'extinction de ceux-ci. Les manades camarguaises, moins nombreuses et moins multipliées qu'autrefois, étaient composées de 20 à 100 chevaux, juments et poulains de tous les âges. Chacune d'elles aait son propre gardian qui la surveillait à cheval, et dont l'habileté était déjà louée :

 

"Les gardians ne manquent pas d'un certain art, ce qu'on peut appeler la science pratique du cheval. Nés et élevés au milieu des troupeaux, ils en connaisent les moeurs, et montrent une dextérité toute particulière quand il s'agit d'approcher et de saisir un sujet désigné dans la troupe indomptée. Ils exercent sur lui une sorte de magnétisme qui attire et maîtrise les plus rebelles. Et pratiquent une équitation instinctive pleine de puissance et d'audace, dont le mérite et la solidité ressortent dans les courses ardentes, échevelées de la ferrade. Il est étrange qu'on n'ait pas songé à uitliser, au profil d'un dressage intelligent, l'habileté et le savoir des gardians. Ils sont doux, patients, expérimentés, remplis de tact, et viennent aisément à bout des plus farouches. On est étonné de la facilité avec laquelle ils s'en approchent, de la précision avec laquelle ils lancent au cou la corde, sans jamais faire une fausse manoeuvre ni se tromper. C'est bien le cheval à prendre qui est pris. Celui-ci, inquiet comme s'il était en péril, se précipite et fuit. Le gardian se laisse d'abord entraîner, puis il gagne du terrain en forçant le fuyard à ralentir la rapidité de sa course, inspire confiance, se rapproche insensiblement, arrive jusqu'à la tête et domine bientôt l'animal qu'il ramène en le caressant du regard, de la main et de la voix, après avoir disposé la corde en manière de caveçon sur le nez. C'est maintenant un esclave presque docile. On peut l'examiner à loisir, à la condition pourtant de ne tourner ni trop près ni trop brusquement autour de lui. Le cheval Camargue ne reçoit aucune éducation. Toutefois, quand on s'en occup, il  montre bien plus d'ndépendance que d'indocilité ; il a plus d'intelligence encore que de sauvagerie. Avec la douceur, on lui fait vite comprendre ce qu'on veut de lui ; la brutalité, au contraire, le révolte et l'exaspère. On en a la preuve toutes les fois qu'on essaye de le faire passer brutalement de la vie libre à la vie domestique. Il ne se soumet pas sans résistance au régime des coups de bâton qu'on lui inflige souvent pour lui faire accepter, sans préliminaire, ou des traits ou la selle." - Eugène Nicolas, La connaissance générale du cheval : études de zootechnie pratique

  

Malgré les peurs d'extinction, le cheval camarguais continua à vivre et se perpétuer dans sa région. Il était parfois attelé à des jardinières campagnardes et, en 1865, il figurait comme bon porteur pendant la percée du canal de Suez.

 

 

VII - DU 20ème SIECLE A NOS JOURS

  

Au début du 20ème siècle, plusieurs travaux d'aménagement de la région camarguaise, comme le dessalement des "sanssouires", l'irrigation avec les eaux du Rhône et la plantation de vigne avaient porté préjudice à l'élevage du cheval. A la même époque, Folco de Baroncelli-Javon, suivant les traces de Frédéric Mistral, agissait pour la sauvegard des valeurs camarguaise à travers, en autres, la création de la "Nacioun gardiano" le 16 septembre 1909 (ou "nation gardiane"), qui se donna pour objectif de défendre et de maintenir les traditions de la région, dont l'élevage du cheval fait partie.

  

En 1932, François J. Aubert, commandeur du Mérite agricole, disait dans son livre "La race chevaline Camargue" que l' "on a voulu dénaturer cette race par des alliances nombreuses et la noyer en quelque sorte dans le sang d'autres races. Elle a survécu à ces tentatives parce que, seule elle pouvait prospérer dans les conditions particulièrement pénibles où elle vit, et rendre les services que ceux qui la connaissent vraiment savent obtenir d'elle (...) Il importe donc de conserver la race dans toute sa qualité si l'on veut lui garder toute sa valeur".

  

Vers 1950, la race faillit disparaître, victime comme beaucoup d'autres du développement de la motorisation.

 
     1 - Développement touristique en Camargue

  

Après 1953, le grand succès du film Crin-Blanc, entièrement filmé en Camargue, puis l'image de tradition et de liberté qui devint peu à peu indissociable de la région, provoquèrent un intérêt soudain pour le tourisme, dont le développement fut à la fois surprenant et sans précédent "car aucune région au monde, fut-ce l'eldorado ou Waterloo, n'a connu un engouement aussi total". La Camargue est pourtant une région sur laquelle personne n'aurait misé pour le tourisme car "infestée de moustiques, couverte de boue, et tenue par une population autochtone au naturel sauvage", qui plus est venteuse et isolée, elle resta longtemps peu sûre médicalement. Malgré un certain rejet des habitants pourtout ce qui touche au tourisme, les domaines de Camargue réorientèrent peu à peu leurs activités "vers le loisir de classe". Le petit cheval de Camargue devint alors un animal à l'intérêt économique évident, et c'est ce qui assura sa sauvegarde. Des centres de "promenades à cheval" destinés aux touristes, sur des chevaux camarguais et dans les réserves de la région comme près de l'étang de Vaccarès, se multiplièrent, souvent dans des conditions de sécurité, d'hygiène et de respect animal insuffisantes. Le tourisme a néanmoins fortement relancé l'élevage des chevaux, qui sont devenus "l'outil de travail indispensable" à toutes les activités de randonnée équestre. Les conditions d'exploitation des chevaux randonneurs de Camargue durant les années 1970 et 1980 furent dénoncées par des organismes ou des journalistes et, entre autres, par Cheval Magazine. Au fil des années, l'état des chevaux s'arrangea et, au milieu des années 1990, "on ne trouvait plus guère de ces animaux maigres et harcelés par les mouches, attachés sommairement au bord des routes, au soleil, sans eau, ni nourriture, à attendre le touriste en mal de promenade."

  

Le 17 mars 1978, un arrêté porta agrément au parc naturel régional de Camargue pour participer à la sélection du cheval : "La Camargue est, sans contredit, un des cantons de l'Europe où l'on peut élever les meilleurs et les plus parfaits chevaux, si l'on veut s'en donner le soin".

  

En 1995, une étude du tourisme de masse en Camargue notait que la régionrecevait désormais annuellement un million de visiteurs et notait que la tradition gardiane était parfois galvaudée, et la communication sur la région proche de la propagande. Les trois raisons qui attirent désormais les touristes dans la région sont la plage, la culture gardiane et l'observation de la nature. Selon C. Martin dans son ouvrage L'île de Camargue, "les manadiers sont passés dela ferrade-travail à la ferrade-spectacle". Les manades de chevaux à but touristique se seraient ainsi multipliées. Les manadiers ont réglementé l'activité par la création d'un certificat d'aptitude à la direction de manades et une réorganisation des promenades équestres. Certains mas seraient devenus "de véritables usines à touristes.

  

     2 - Association des éleveurs de chevaux de race Camargue

  

En 1964, l'Association des éleveurs de chevaux de race Camargue (AECRC) fut créée par quelques éleveurs soucieux de préserver la race et le type de leurs chevaux, ainsi que leur milieu d'élevage spécifique. Leur première action fut de définir les caractéristiques de la race et de délimiter l'aire géographique d'élevage du Camargue, qui deint plus tard le berceau dela race, c'est-à-dire le delta du Rhône et les régions avoisinantes.

 

En 1966, l'Association fut officiellement admise par l'Union nationale interprofessionnelle du cheval (UNIC). En 1967, elle recensa les élevages et définit une "manade". C'est cette même année que l'Association recensa les produits des élevages et décrivit une manade comme un élevage extensif en liberté et en plein air, avec au moins quatre juments reproductrices et un pâturage d'au moins 20 hectares d'un seul tenant. Seuls les chevaux nés et élevés en manade furent admis à porter le nom de "Camargue". Les haras nationaux reconnurent la race en 1968 mais le studbook de la race camargue ne fut créé que beaucoup plus tard. La date de la reconnaissance officielle est celle du 1er étalon marqué au fer de l'élevage, le 17 mars 1978, par arrêté ministériel. Depuis 1974, l'association est aussi soutenue par le parc naturel régional de Camargue.

 

L'arrêté ministériel du 23 avril 2003 a officialisé l'ouverture de l'Association à tous les éleveurs français, quels que soient le lieu d'implantation de l'élevage et le nombre de juments reproductrices. L'AECRC intervient désormais dans la sélection det l'amélioration génétique des animaux. Avec la commission nationale d'approbation des Haras nationaux, elle participe à la sélection des reproducteurs.

 

En mars 2005, l'Association comptait 153 membres répartis dans trois collèges distincts, selon qu'il s'agit d'élevages en manade, hors manade ou hors berceau. Elle organise, en outre, des tests d'aptitude des étalons au tri des taureaux, des concours de chevaux de selle, de loisir, de pouliches et de poulinières, et la participation aux différents salons équestres et au salon international de l'agriculture.

 

 

VII - STANDARD DE LA RACE

 

Le cheval de Camargue doit répondre à un standard morphologique et de robe pour pouvoir être inscrit et admis au sein du livre dela race (studbook) depuis l'ouverture de celui-ci, en 1978. Depuis le 10 octobre 2002, le Camargue est classé parmi les "chevaux de sang" et le studbook du cheval Camargue fait partie du livre généalogique des races françaises de chevaux de selle. Bien que sa taille dépasse très rarement 1,45 m et de ce fait, le fasse classer comme poney par la FEI, le Camargue est bien considéré comme un petit cheval et non comme un poney, du moins en France. Il atteint sa maturité assez tard, à l'âge de 5 ou 7 ans, mais sa longévité est exceptionnelle, de 25 ans environ. C'est d'ailleurs un cheval camarguais qui détient le record de longévité en France :L'Ours, propriété de Marius Coulomb, à la Roque-d'Anthéron dans les Bouches-du-Rhône, est mort le 6 avril 1993 à l'âge de 47 ans. Ce cheval possède des allures propres, un pas relevé avec de longues foulées, un trop vif et très rassemblé et un galop très rapide.

 

 

VIII - MORPHOLOGIE

 

 

Le cheval de Camargue doit "présenter toutes les caractéristiques d'un bon cheval de selle". Sa silhouette rappelle fortement celle des chevaux primitifs, avec une influence du cheval Barbe.

 

     1 - Taille

 

De 1,35 à 1,50 m au garrot.

 

     2 - Poids

 

Généralement de 300 à 400 kg en fonction du sexe et de la taille

 

     3 - Tête.

 

Elle rappelle celle des chevaux préhistoriques, avec un petit "air oriental", souvent lourde, carrée et expressive, avec un regard vif et des yeux à fleur de tête en raison d'arcades sourcillières peu saillantes. Chanfrein rectiligne avec une partie nasale souvent effacée, un front plat et des ganaches bien marquées. Les oreilles sont petites, courtes, écartée et avec une base large, le toupet est abondant.

 

     4 - Encolure

 

De longueur moyenne, avec une base bien dirigée et bien attachée, harmonieuse et bien sortie. La crinière est souvent double et toujours abondante.

 

     5 - Corps

 

La poitrine est profonde et large, avec un thorax ample et des flancs assez développés. L'épaule, bien orientée, est poussante et musclée. Le garrot doit être marqué mais sans exagération. Le dos, moyennement long, doit être bin soutenu, avec un rein plutôt court, rectiligne et large, une croupe remplie et légèrement inclinée, une cuisse musclée et bien descendue, une queue fournie et attachée bas.

 

      6 - Membres

 

Le cheval Camargue possède des membres longs et bien proportionnés, forts et résistants, avec articulations sèches, un genou et des jarrets larges. Son pied est particulièrement dur et résistant, ce qui fait qu'il a rarement besoin d'être ferré, bien jointé, il est solide et portant, avec une surface développée, grande et large, adaptée à ses marais d'origine.

 

      7 - Robe

 

L'une des caractéristiques principales de la race est sa couleur de robe grise, quiest obligatoire pour l'inscription au studbook, tout cheval d'une autre couleur est en effet automatiquement radié du registre d'élevage. Le cheval camarguais adulte est très fréquemment perçu à tort comme blanc par les non-initiés, mais il a, en réalité, la particularité de naître avec une robe foncée, généralement baie ou rouanne et de s'éclaircir avec l'âge sous l'effet d'un gène dit "du grisonnement", qui empêche peu à peu la migration des pigments dans le pelage. C'est ainsi que, vers l'âge de 5 à 6 ans, le cheval de Camargue présente généralement une robe d'apparence complètement blanche, parfois légèrement truitée ou mouchetée. La véritable robe blanche est caractérisée par une peau rose et n'existe pas chez le Camarguais, qui doit obligatoirement être gris. Le cheval Camargue est souvent victime de mélanomes cutanés, comme la plupart des chevaux gris.

 

Le rob grise est une particularité unique parmi les chevaux primitifs, les autres chevaux sauvages étant généralement de couleur isabelle, baie-brune, "rousse" ou "fauve".

 

 

IX - STATUT D'ELEVAGE

 

En France, les Haras nationaux réglementent la race camarguaise et ce règlement créé en collaboration avec l'association de la race fait force de loi en ce qui concerne l'admission des étalons reproducteurs et l'inscription des poulains au sein du studbook. Tous les ans, les étalons camarguais sont présentés à un concours, devant un juré d'initiés, afin d'être agréés ou non à la monte et répertoriés par l'association. Les juments vivant à l'état sauvage ne concourent pas, mais sont visitées directement sur la zone d'élevage afin de les inscrire au livret de reconnaissance. Les poulains, qui doivent être repérés sous les mères, sont marqués. Ils sont identifiés au moment du sevrage et marqués au fer chaud, appliqué sur leur cuisse. La marque est distincte pour chaque élevage et chacun à ses propres initiales, son écusson et son motif stylisé. De plus, les mâles reçoivent une marque sur l'encolure et les femelles une sur la cuisse, avec une lettre figurant l'année de naissance, et un numéro personnel pour désigner le produit à l'intérieur de son élevage.

 

Le studbook du Camarguais comprend la liste des étalons et des juments approuvés pour produire dans la race, la liste des poulains inscrits dès la naissance au studbook de la race, le répertoire des animaux inscrits à titre initial et une liste des naisseurs de chevaux camargais. Seuls les animaux inscrits dans ce studbook sont admis à porter l'appellation de "Camargue" (y compris hors manade ou hors berceau) et les inscriptions se font au titre de l'ascendance, c'est-à-dire à titre initial.

 

Depuis 2003, trois appellations existent pour différencier les animaux :

 

- Camargue :

 

"Désigne les chevaux inscrits au studbook du cheval Camargue, nés et identifiés dans le berceau de la race, appartenant à une manade et ayant reçu la marque à feu avant le sevrage"

 

- Camargue hors manade

 

"Désigne les animaux inscrits au studbook du cheval Camargue, nés et identifiés dans le berceau de la race mais n'appartenant pas à une manade"

  

- Camargue hors berceau

  

"Désigne les animaux inscrits au studbook du cheval Camargue et nés hors du berceau de la race"

  

La race Camargue est désormais protégée. Les chevaux élevés dans le berceau de race ont une identité culturelle forte, proche d'une appellation d'origine contrôlée, et parfois aux dépens des chevaux issus d'autres régions.

 

 

X - LIEUX D'ELEVAGE ACTUELS

 

Les principaux lieux d'élevage actuels se trouvent en région camarguaise, dans un triangle entre Montpellier à l'ouest, Tarascon au nord et Fos-sur-Mer à l'est, en passant par Salon-de-Provence, ce qui englobe "l'Ile de Camargue", les basses terres du Gard et de l'Hérault, et une partie de la Crau. La végétation des marais est pauvre et ne permet pas de maintenir un gros effectif.

 

La quasi-totalité des chevaux reconnus de race camarguaise naissent en France, le Languedoc-Roussillon étant la principal région d'élevage avec 230 naissances en 2007, puis la Provence avec 213 naissances, sachant que la Camargue est partagée entre ces deux régions administratives. Le cheval camarguais est rare en dehors de son berceau d'origine, toujours en 2007, 21 naissances ont été enregistrées en Bourgogne, 19 en Rhône-Alpes et 13 en Auvergne, la race étant quasiment absente des autres régions françaises comme des autres pays. Toutefois, son élevage hors berceau tendrait à se développer, y compris à l'étranger où il est apprécié, et notamment en Allemagne.

 

 

XI - EFFECTIFS DE LA RACE

  

En France, les effectifs de la race sont assez stables ces dernières années. Il y eut 515 nouvelles immatriculations enregistrées en 2004 pour 467 en 2003, ce qui représente 2 % du total de tous les chevaux de sang français. 112 étalons de race camargue étaient en activité en 2004 pour 118 en 2003, et 234 éleveurs de ce cheval étaient recensés en 2004 pour 243 en 2003, le terme d'éleveur s'appliquant à toute personne possédant au moins une jument mise à la reproduction.

 

 

XII - MODE DE VIE ET AVENIR DE LA RACE

 

Le cheval Camargue, parfois surnommé le "cheval blanc de la mer", est dit "fait de mistral, de sel et de courage" et considéré comme un "mythe" vivant, celui des derniers chevaux sauvages, ainsi qu'un animal symbole del 'identité camarguaise, avec le flamant rose et le taureau noir.

 

     1 - Mode de vie et d'élevage

 

Le cheval de Camargue est toujours maintenu par ses éleveurs en élevage extensif de plein air traditionnel, souvent avec des bovins. La plupart d'entre eux vivent ainsi en totale liberté toute l'année, et ne sont rassemblés qu'une fois par an pour l'inspection, le marquage, la castrations, ou tout autre type de soin. Les chevaux font face à un climat difficile, caractérisé par l'humidité constante, la présence de hordes d'insectes, et une certaines rigueur en hiver, accentuée par des vents violents. L'élevage en liberté est le seul autorisé pour la race camarguaise dans son berceau d'origine. Une nourriture pauvre suffit à l'animal pour demeure en excellente santé, et l'herbe de pâture lui permet de se nourrir toute l'année, contrairement à de nombreux chevaux de sang qui demandent du grain. Le Camarguais résiste aux longues abstinences, aux intempéries et aux grandes étapes de randonnée, il est aussi le seul cheval capable de brouter sous l'eau, en tirant des plantes aquatiques des eaux saumâtres. Son instinct est "infaillible" et son pied, large et sûr, est adapté à son mode de vie dans les marais, en milieu subaquatique. Comme les bovins, il forme parfois des relations symbiotiques avec des oiseaux, tel que les aigrettes ou le héron garde-boeufs.

 

Le mode de vie du Camargue en liberté, typique du cheval sauvage, a fait l'objet d'études éthologiques concernant l'organisation des troupeaux, les rapports entre animaux dominants et dominés, et la façon dont les jeunes juments refusent de se faire saillir par les étalons de leur groupe natal, quittant celui-ci vers l'âge de deux ans pour céder aux avances d'un étalon étranger, ce qui contribue à réduire la consanguinité des poulains.

 

Les poulains naissent habituellement au printemps sans intervention humaine, la jument s'isole alors pour s'abriter dans les roseaux ou un tamaris et mettre bas. Elle reste quelques jours à l'écart de sa manade avant de la regagner, quand son poulain est capable de la suivre sans problème. C'est aussi au printemps que les grignons (étalons) saillissent les juments. A l'automne, les poulains de l'année commencent à affirmer leur indépendance vis-à-vis de leurs mères. Ils sont alors capturés par les manadiers qui les séparent des juments et leur appliquent la marque de leur élevage au fer rouge. Durant l'hiver qui suit, les poulains sont maintenus en contact étroit avec les hommes afin de se familiariser à leur présence. Cel fait, ils sont relâchés en liberté avec les doublen (poulains de deux ans) et ternen (trois ans). Ils restent ainsi deux ans en liberté et atteignent l'âge d'être monté, donc débourré pour l'équitation, généralement par un gardian expérimenté. Le cheval dressé est maintenu en semi-liberté, un cavalier venant le chercher s'il en a besoin pour travailler, avant de le relâcher dès qu'il n'a plus besoin de le monter.

 

Les éleveurs cherchent à préserver les qualités de rusticité chez leurs chevaux, raison pour laquelle ils ont privilégié un élevage entièrement natur

el. La monte des étalons dans le berceau de la race s'effectue toujours en liberté et sans intervention humaine, de plus, les poulains nés à l'aide de techniques artificielles (comme l'insémination artificielle, le

transfert d'embryon ou le clonage) ne sont pas inscriptibles au studbook du cheval de Camargue.

 

         - Le cheval Camargue comme outil de gestion des zones marécageuses

 

Ce cheval est considéré comme un acteur de l'écosystème camarguais et un agent de sa conservation, qui permet la gestion et l'entretien des zones humides. Son habitat a néanmoins beaucoup évolué car le delta du Rhône est désormais drainé et n'offre plus la même protection qu'auparavant. Le Camarguais est de plus en plus utilisé pour l'entretien écologique des zones marécageuses, ainsi des chevaux camarguais ont débrouissaillé le parc régional de Brotonne, dans les basses vallées de la Seine et, en 1988, quelques chevaux camarguais étaient introduits à Trébeurden, dans les Côtes d'Armor, pour le même type de gestion écologique.
 

          - Inondations et scandales

  

Si le cheval camarguais est résistant aux conditions climatiques extrêmes, les inondations, très fréquentes dans cette région marécageuse, mettent souvent les manades en péril, et des dizaines de chevaux et de taureaux peuvent alors mourir pendant la montée des eaux. Ainsi, au Mas de Rom dans les années 1990, l'ensemble des chevaux a vécu un sauvetage héroïque, tandis que l'élevage de Simon Casas a entièrement péri.

  

Quelques scandales ont aussi agité la région, comme en 1998 où un manadier peu scrupuleux avait laissé de nombreux chevaux à l'abandon sur un terrain trop étroit pour qu'ils puissent se nourrir. Des associations de protection animale ont découvert une dizaine d'animaux survivants parmi des cadavres dont certains en état de décomposition avancée près de points d'eau. Un groupe de quarante chevaux camarguais stationnés dans le Berry a fait l'objet d'une importante médiatisation fin mai 2010 quand, suite à la faillite de leur propriétaire, ils ont été vendus aux enchères. Cette mise en lumière a permis à tout le troupeau d'échapper à la boucherie.

  

 

XIII - UTILISATIONS

 

Le cheval de Camargue est calme au repors, mais son apparence "désassemblée et somnolente" cache un grand potentiel au travail. Il possède des qualités de sobriété et sous la selle, il fait preuve de vivacité, d'agilité, de robustesse et d'endurance. Il existe  un type équitation spécifique au cheval de Camargue et dérivée du travail effecuté par les gardians, l'équitation camarguaise, avec des examens associés, les "galops d'équitation camarguaise". Lors de certaines démonstrations, ce cheval est monté en amazone.

 

Les origines rustiques du Camarguais en font surtout une monture appréciée pour l'équitation de loisir et le tourisme équestre. Récemment, certains centres d'équitation de plein air (UCPA) ont constitué une partie de leur cavalerie avec des Camarguais : leur petite taille et leur caractère docile rassurent les cavaliers débutants lors des premières sorties à l'extérieur. Il reste néanmoins peu utilisé dans les centres équestres malgré ses prédispositions à l'apprentissage des cavaliers débutants.

 

Sa vivacité le rend efficace dans les jeux équestres.

 

Le Camarguais est également assez populaire à l'attelage et présente des prédispositions pour l'équithérapie. Son utilisation en spectacle équestre et pour le cirque est notable, Denis Marquès a ainsi présenté une manade camarguaise en liberté sur plusieurs grands spectacles comme à Nîmes en 2009.

 

Ce cheval peut, d'après ses amateurs, s'essayer à toutes les disciplines d'équitation, comme le dressage, le concours complet d'équitation et le saut d'obstacles, mais probablement pas à haut niveau, car il a le défaut d'avoir des actions courtes.

 

      1 - Cheval de travail des gardians

 

Le Camargue est avant tout une monture de travail du bétail utilisée par les gardians pour surveiller et trier les troupeaux de bovins. De ce fait, il possède naturellement le "sens du bétail", une caractéristique qu'il partage entre autres avec les chevaux de race espagnole, portugaise et les Quarter Horse. Ce travail exige des animaux de la maniabilité et une très grande vivacité afin de trier les animaux destinés à la course camarguaise et d'éviter les blessures, toujours possibles. L'utilisation des chevaux camarguais par les gardians a donné naissance à un mythe identitaire, celui du "centaure des marécages". Le cheval Camargue est indissociable du gardian et du manadier dans toutes leurs activités. Des liens d'amour et de fidélité sont mis en avant entre le gardian et sa monture, ce dernier élève son cheval, le nomme et le soigne.

 

.     2 - Cheval de tourisme équestre

 

L'accroissement du tourisme en Camargue a donné  un regain d'intérêt économique indéniable pour le "petit cheval du pays" et assure désormais sa sauvegarde. La randonnée équestre a en principe l'avantage d'offrir un point de vue plus élevé sur la nature, et le cheval de camoufler l'odeur humaine, ce qui facilite l'observation des animaux sauvages qui, habituellement, ne fuient pas le cheval. Le cheval camarguais possède toutes les qualités requises pour cette activité puisque ses origines le rendent capables de marcher durant des heures avec une nourriture pauvre, même sous les intempéries, qu'il est capable de porter un homme adulte malgré sa petite taille et qu'il est très économiques d'entretien pour ses propriétaires.

 

La Camargue est considérée comme un site d'importance européenne et d'importance nationale majeure pour les oiseaux locaux, les migrateurs et particulièrement les hivernants puisqu'il s'agissait de 2000 à 2005 du premier site français en nombre d'hivernant accueillis chaque année (122 000 oiseaux, devant le bassin d'Arcachon qui en accueille 105 000). La Camargue est aussi connu pour accueillir des flamants roses.

 

Autour d'Arles, de nombreux centres de tourisme équestre proposent désormais des promenades (1 à 3 h de cheval) et des randonnées (sur une demi-journée mais rarement plus) dans les marais et les réserves naturelles comme le parc naturel régional de Camargue (qui recensait 28 centres équestres en 2005, dont 26 aux Saintes-Maries-de-la-Mer). Le nombre de pistes cavalières dans le parc est considéré comme insuffisant et les structures d'accueil comme trop peu nombreuses, les habitants s'opposant au développement touristique, 90 % des centres équestres des Saintes-Maries-de-la-Mer font partie d'une association qui a permis de mettre fin aux abus concernant la maltraitance des chevaux et le manque d'expérience des accompagnateurs. Une charte a été mise en place en 2005 mais tous les centres équestres n'ont pas une bonne réputation, des arnaques et autres "pièges à touristes" étant fréquemment cités. La promotion de la randonnée équestre en Camargue s'appuie énormément sur le cliché du gardian au galop dans l'eau. Beaucoup d'organismes de tourisme équestre ne stationnent pas toute l'année dans la région, mais seulement durant la période estivale.

 
Il a parfois été suggéré de croiser les chevaux camarguais avec des Ibériques ou des Barbes, afin d'augmenter leur taille et de les rendre propre à porter de grands cavaliers en randonnée.

 

 

 

 

XIV - FETES ET TRADITIONS FOLKLORIQUES EN CAMARGUE

 

Le cheval de Camargue est aujourd'hui un symbole folklorique et traditionnel du sud-est de la France et l'un des acteurs principaux, avec le taureau, de nombreuses fêtes dans sa région d'origine, en Provence et dans le Languedoc. Il participe à des jeux équestres, déambulant dans les rues des villages pendant les fêtes, monté par son gardian, et encadrant les taureaux lâchés dans les rues par exemple avant les courses camarguaises locales (où le taureau n'est pas mis à mort). Les arènes de Nîmes et d'Arles mettent en scène des fêtes dont le taureau et le cheval sont les acteurs principaux. La fête des gardians et les défilés de mai, ou les bouviers pascales des Saintes-Maries-de-la-Mer sont de grandes fêtes qui mettent le cheval à l'honneur, où le gardian camarguais escorte les vachettes jusqu'à l'arène. Le cheval camarguais participe aussi au pélerinage des gitans en mai, à la fête du cheval en juin et en juillet, au grand festival des Saintes-Maries en octobre, et au festival d'Abrivados en novembre.

 

 

XV - LE CHEVAL CAMARGUE DANS LA CULTURE

 

De très nombreuses références à la culture équestre de Camargue, et par conséquent à ses chevaux, se retrouvent dans la culture populaire, aussi bien dans la littérature, le cinéma et la télévision. Le cheval Camargue sauvage est devenu le mythe vivant d'une nature rude et sauvage, colporté par la publicité touristique, mais également par la photographie qui a contribué à répandre l'image des "cavales blanches traversant, crinières au vent, les espaces désolés, les plaines marécageuses ou broutant les ajoncs" ou jaillissant des eaux, telles qu'on peut les retrouver sur les cartes postales pour les touristes. Cette image est surtout entretenue par le roman et le film de Crin-Blanc ainsi que les photographies du manadier Aubanel, petit-fils du marquis de Baroncelli. 

 

 

XVI - LE CHEVAL CAMARGUE DANS LA LITTERATURE

 

     1 - Poésie

 

En 1859, le fameux poème provençal "Mireille" de Frédéric Mistral parle des chevaux camarguais aux Saintes-Maries-de-la-Mer, mais uassi de la rudesse du pays :

 

"Car à cette race sauvage

Son élément, c'est la mer ;

Du char de Neptune échappée sans doute,

Elle est encore teinte d'écume ; "

 

Frédéric Mistral - "Mireille"

 

Dans le poème "Horses of the Camargue" de Roy Campbell, il compare la course d'une harde de chevaux blancs et le bruit de leurs sabots au son des vagues de la mer.

 

     2 - Roman

 

Le film "Crin-Blanc", qui met en scène des chevaux blancs qui galopent crinière au vent, sauvages et libres, entre le ciel et l'eau, est destiné aux enfants, et un livre illustré des photos du film est sorti peu après. Il fut adapté ensuite en roman pour les enfants par René Guillot. En 1975, "Caprice, cheval de Camargue", également un livre pour enfants, fait appel au même type d'imagerie. "A cheval en Camargue" est un roman pour adolescent publié en 1985 qui met en scène une jeune cavalière de 15 ans.

 

Il existe aussi des oeuvres de fiction littéraires adultes mentionnant le cheval de Camargue.

 

 

XVI - LE CHEVAL CAMARGUE AU CINEMA

De nombreux films ont pour toile de fond la Camargue et, par conséquent, ses chevaux. Parmi ceux-ci, deux ont un scénario centré sur un animal qui a donné son nom au film : "Crin-Balnc" et "Heureux qui comme Ulysse".

     1 - Crin-Blanc

Une grande partie de la renommée de la race Camargue à travers le monde est due au film "Crin-Blanc" d'Albert Lamorisse, tourné en 1952 (en basse Camargue, notamment au mas de Cacharel) et sorti en 1953, qui fut récompensé de nombreux prix dont le prix Jean-Vigo. Il met en scène un jeune garçon nommé Folco et un étalon camarguais réputé indomptable, nommé Crin-Blanc. Ce film en noir et blanc comporte de nombreuses scènes où des chevaux camarguais galopent dans l'eau.

Encensé par les critiques, il est considéré en 2007 par Terrence Rafferty de The New York Times comme l'un des plus beaux films pour enfants de tous les temps :

"Crin-Blanc est parmi les films pour enfants les plus célèbres et les plus récompensés à travers le monde (...) le temps du film est tel qu'on reste béat d'admiration devant les merveilles qui se déroulent sous nos yeux (...) Vous sentez, comme dans certains autres films, la peur de la nature toute-puissante... Et Lamorisse était réellement un remarquable artiste, l'un des plus grands poètes du cinéma et un explorateur intrépide de l'outback fascinant et effrayant de l'imagination".

Des critiques ont également pointé l'image fausse de la Camargue véhiculée par ce film, ainsi, dans The Washington Post, le critique Philip Kennicott dit cyniquement qu'il aime la mise en scène et qu' "il y a des raisons tout à fait louables de garder (ce film) en circulation. Visuellement, c'est une pièce maîtresse". Toutefois, Kennicott note que ce film prend place dans un monde de mensonges, et écrit : "Un jeune garçon et son cheval sont pris en chasse par des gardians adultes - pendant qu'un narrateur laisse planer la vague promesse d'un monde meilleur à venir. La belle imagerie (de ce film) est déployée comme support moral - une promesse de récompense pour des bonnes actions - à peine plus sophistiquée que celle du lapin de Pâques ou du Père Noël. Ah, la longue tradition d'endoctrinement des enfants par les adultes dans une vision du monde qui ne les conduira qu'à la déception amère, à moins que les jeunes refusent de grandir".

"Crin-Blanc" a forgé l'image de liberté du cheval camarguais et cet animal, devenu un "héros de la culture universelle", a offert à sa race  une reconnaissance internationale à travers la scène finale quasi-mythique du film, où il préfère se jeter dans la mer avec Folco plutôt que d'être à nouveau capturé par les hommes.

     2 - Heureux qui comme Ulysse

"Heureux qui comme Ulysse" est le dernier film avec Fernandel en temps qu'acteur. Entièrement tourné dans la région camarguaise, il met en scène Antonin, un vieux garçon de ferme, qui s'occupe d'un vieux cheval camarguais nommé Ulysse depuis vingt-cinq ans. Refusant d'envoyer cet animal qui est pour lui un ami à une mort certaine dans les arènes, Antonin décide d'emmener Ulysse dans les grands espaces de Camargue pour lui rendre la liberté. La chanson du film est chantée par Georges Brassens. "Heureux qui comme Ulysse" fut un échec financier lors de sa sortie en 1970, mais il a reçu de très bonnes critiques, ainsi, Jacques Siclier dit dans Télérama que : "Dans l'odyssée de l'homme et du cheval à travers le Luberon, les Alpilles, la Crau et la Camargue, ce sont la vie et la liberté du cheval qui doivent être préservées. Henri Colpi a réalisé cela avec délicatesse, tendresse et humour. On est touché par la vérité des personnages et des paysages, par l'amitié d'Antonin avec l'animal. Une oeuvre chaleureuse qui exalte l'humanisme et la nature".

XVII - TELEVISION

 

En 2001, une publicité pour Ricoré a mis en scène une jeune cavalière galopant dans l'eau sur des chevaux camarguais pour exprimer "la tonicité et la légéreté du produit". 

 

 

XVIII - PHILATELIE

 

En 1998, une série de timbres français éditée par La Poste, "Nature de France" a célébré quatre races de chevaux : le Camargue, le Trotteur français, le Pottok et l'Ardennais.

 

 

XIX - ELEVAGE

 

- Manade Marié - http://manademarie.free.fr

- Manade Reinard - http://manade-reinard.com

- Domaine de la Tour du Cazeau - www.tour-du-cazeau.com

- Manade Saint-Antoine - www.manadesaintantoine.com

- La Manade Blanc - www.manade-blanc.fr

 

 

XX - PHOTOS

 

 

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